Oui, je danse le hip-hop

Il y a des phrases que tu ne croirais jamais voir dans ton agenda. Le genre de phrase qui te rappelle que, lorsque tu as eu l’idée de l’écrire il y a quelques mois, ça te semblait génial… Et maintenant que c’est le temps, tu te dis : mais à quoi j’ai pensé ?!

La semaine dernière, j’ai reçu une alerte sur mon cell qui m’indiquait que dans quelques heures, c’était mon premier cours de danse hip-hop.

Oui, je vous laisse quelques secondes pour que vous vous imprégniez bien cette­­ image dans votre tête et quelques secondes de plus pour vous laisser finir de rire.

Dans un moment de faiblesse psychologique, j’ai accepté de faire un numéro de hip-hop avec ma fille. Je n’ai aucune idée de ce qui m’a pris.

La haine de la danse

J’ai toujours détesté danser.

Jeune adulte, je le faisais dans les bars, car c’était encore une des seules façons d’attirer l’attention du sexe opposé. De mon côté, même après quelques bières, mon courage perdait le combat contre mon insécurité, mais mes hormones finissaient­­ par prendre le dessus.

Heureusement qu’il n’y avait pas de téléphone­­ intelligent à l’époque, car je me serais retrouvé sur le fil d’actualité de bien des gens. Je ne saurais même pas comment décrire le rituel de mes mouvements, je vous dirais que c’est un miracle qu’il n’ait jamais plu à l’intérieur des bars où j’étais. C’était comme un mélange de spasmes et du gars qui lutte contre un vent de face. Je suis même personnellement responsable du décalage de l’invention du mot «swag», car j’avais tout, sauf ça.

Le fait que j’aie quand même réussi à rencontrer de jolies femmes malgré ça confirme que des dates de pitié, ça existe.

Mon cours

Dès que je suis arrivé à mon cours de danse (en fait, je vais dire hip-hop au lieu de danse, ça me fait croire que je suis plus cool), la première chose que j’ai faite, c’est de mettre un paravent pour bloquer les fenêtres. C’est tellement clair que personne allait me voir pratiquer. Je pense que je préfèrerais même qu’un sex tape avec moi en vedette circule sur les réseaux sociaux qu’un vidéo de moi qui danse.

Sans vraiment aucune exagération, après seulement quelques pas, ma fille s’est écroulée de rire. En fait, je ne l’ai jamais vue rire autant. Quelques secondes plus tard, je me suis joint à ses rires, et tous les deux on se regardait en se disant: est-ce qu’on est vraiment en train de vivre ça ensemble?

Évidemment, ce qui n’aide pas du tout la situation, ce sont les grands miroirs qui couvrent entièrement le mur devant toi. Impossible de leur échapper, ils couvrent tous les angles et s’amusent en cœur à exposer ton manque de coordination. Tout le long que je me regardais essayer de danser, la seule chose qui me venait en tête était: j’espère que je ne bouge pas aussi mal au lit.

Si c’est le cas, je profite du moment à toutes celles qui ont subi ma mauvaise danse du soleil.

Le pire dans tout ça, c’est que le produit final va être capté pour la télévision, ce qui veut dire que mes spasmes rythmiques vont être éternellement disponibles pour votre plaisir personnel.

On dit qu’il n’y a pas de limites à prouver à nos enfants à quel point on les aime, qu’on est prêt à tout faire pour eux, mais sincèrement, j’espère que je viens de trouver ma limite.