Dans mon temps…

Je regardais mes neveux jouer au hockey sur la XBox et je me disais qu’aussi réaliste que sont rendu les graphiques, notre façon de jouer lorsqu’on était jeune, bat n’importe quel jeu vidéo.
Oui, car dans mon temps, ça ressemblait à ça…

3h 40, la cloche vient de sonner.
Pour la plus part ce n’était que la fin des classes, mais pour moi et ma gang c’était l’état d’urgence.

Toute la gang était présente sans oublier le ti-cul qui était super poche mais qu’on invitait parce qu’il était le seul à avoir un vrai filet de hockey. Après avoir passé 15 minutes à s’obstiner sur qui allait être le Canadiens et qui allait être les Nordiques, on pouvait maintenant se chamailler sur qui allait être Guy Lafleur ou Michel Goulet.

Une fois tout ça réglé, il fallait s’empresser de commencer le match, surtout avec la noirceur du mois de décembre se manifestait de plus en plus tôt. Il ne nous restait que quelques moments de clarté pour jouer le 7e match de la Coupe Stanley.

On voyait de moins en moins bien la balle et les feintes n’étaient pas aussi fines qu’au début de la partie car la neige tombait de plus en plus fort dans la rue mal éclairée. On déplace les buts sous le refuge des lampadaires pour mieux voir l’action, mais surtout pour pas recevoir la puck dans le front.

Du coup, les cris les plus déplaisants du monde se manifestaient :
« Maxim, c’est le temps de rentrer, le souper est prêt! »
« Jean-Philippe, t’as des devoirs… allez! Viens-t-en! »

Ces phrases nous envoyaient des frissons dans le dos, nous figeant plus que les glaçons qui pendaient au bout de nos mitaines. Elles pouvaient pas nous faire ça, surtout pas quand le score etait 5 à 5.

À l’époque, on était tout le temps dehors. On préférait rentrer en retard et se faire chicaner que d’arriver à l’heure. Quand nos mères nous cherchaient, on se transformait en caméléon pour prendre l’aspect de notre décors. Du coup on ressemblait à un banc neige avec un ponpon qui dépasse.

Et un jour, les jeux vidéos sont arrivés! Du coup, les rues sont devenues comme les villes abandonnées qu’on voit dans les vieux westerns. Rien que des balles de foins qui traversent le quartier.

Je me souviens d’un bon matin où je m’habillait pour aller trouver mes chums quand le téléphone a sonné. C’est là que j’ai entendu la phrase qui allait prendre ma génération en otage: « Viens chez nous, mon père m’a acheter le nouveau Atari »… on est jamais ressorti dehors!

Le simple fait d’écrire ces lignes me bombarde de souvenirs. En fait ça me fait surtout rire de pouvoir dire: « Dans mon temps… », à 44 ans. Me semble que c’est réservé pour les bonhommes à tête blanche qui se bercent sur le balcon mais je le dis tout haut, je m’ennuie de cette époque là.

Les rares fois que je vois des enfants jouer au hockey dans la rue, j’ai l’impression d’être un archéologue qui est tombé par hasard sur une ancienne tribu que l’ont croyait disparu. Je me surprends même à m’arrêter quelques instants pour regarder le match… pas trop longtemps sinon ça serait wierd.

Je le dis avec fierté mais dans mon temps, c’était notre quotidien hivernal, c’était le soap opera de notre quartier. Pendant une couple d’heures, la partie qui se déroulait sur la rue Montpetit était littéralement le centre de l’univers. C’était les quelques moments dans nos vies où tous les rêves étaient permis, où chaque gamin trouvait une façon de se faire croire qu’il avait été le héro du match.

Et ça, il y a aucune console de Play Station ou X Box qui peut vous faire vivre ces émotions là…