Toronto, la belle! Montréal la pauvre!

La semaine dernière, je suis allé à Toronto et, je dois avouer, quelle ville!

Je me souviens, lorsque j’ai débuté en humour, quand tu voulais un punch assuré, tu riais du côté plate de la Ville Reine. Ces jours-là sont bien terminés.

Tout était bon pour rire de Toronto: que les bars fermaient à 2h du matin, qu’il n’y avait rien à faire, que leur côté culturel était aussi passionnant qu’une visite chez le dentiste et, bien sûr, le fameux gag facile, que les Ontariennes baisaient mal.

On se vantait du fait que tout était plus le fun chez nous et que demeurer en Ontario, c’était l’équivalent d’une sentence de prison…

Devinez qui peut se donner la joie de rire de nous maintenant?

Course perdue

Il me semble qu’il n’y a pas si longtemps, il y avait une course entre les deux villes pour devenir la plus peuplée du pays. Ils étaient à peine 4 millions et on était 3,5.

Ils sont maintenant plus de 8 millions et on dépasse de peu le 4.

Le week-end dernier, j’ai traversé plus facilement cette ville deux fois plus grande que Montréal comme si c’était un dimanche matin tranquille. Lorsque j’ai marché de mon hôtel jusqu’au Skydome, le stade des Blue Jays, j’ai même osé prononcer ces mots: «C’est donc ça, avoir le sentiment de fierté d’habiter dans une ville qui va de l’avant et qui n’arrête pas de grandir.»

On parle de Toronto dans la même phrase que New York, Los Angeles et Chicago.

Montréal? On la met dans la même catégorie que Baltimore et Cincinnati, des villes pleines de potentiel, dont on encourage le développement comme un enfant handicapé qui se dépasse aux Jeux du Québec.

Pourtant, j’adore Montréal!

Je crois encore que notre côté européen nous sépare du reste de l’Amérique du Nord.

Pendant longtemps, j’ai défendu l’hôtel de ville ainsi que tous ceux qui travaillent pour la ville en soulignant qu’ils avaient hérité des dégâts de l’Ancien Régime. Désolé, impossible de le faire plus longtemps. Pas une journée ne passe sans qu’on voie que notre ville fonctionne au ralenti, étouffée par un système trop lent, figé dans les règlements et les débats inutiles. J’ai l’impression d’habiter dans un pays d’Amérique latine, mais sans la température. Fourrer le système, en faire le moins possible, et surtout, blâmer les autres sans jamais se remettre en question, c’est ça, notre vrai sport national.

On a été les premiers à avoir les Jeux olympiques, à avoir une équipe de baseball dans les ligues majeures. On a été les pionniers qui ont donné l’exemple au reste du continent, en brisant la barrière de la couleur avec Jackie Robinson. Quand est-ce que ce côté avant-gardiste s’est envolé?

J’en entends quelques-uns me dire:

– Ben si t’es pas content, t’as juste à déménager à Toronto…

Et il est exactement là, le problème.

La réponse facile d’un peuple qui a baissé les bras et qui accepte son mauvais sort. Peut-être que tu es confortable à patauger dans ta piscine. Moi, j’ai envie de retrouver la ville dont j’ai déjà été fier…